Le présent chapitre décrit le processus d’examen des fusionnements, tel qu’illustré par les activités de schématisation entreprises en 1998-1999 et mis à jour au printemps 2000. La première section présente les étapes que comporte l’examen des projets de transactions de fusionnement (préavis de fusionnement ou demandes de certificat de décision préalable) et mentionne les autres directions ou secteurs qui prennent part à ce travail9.
Le chapitre se présente de la façon suivante :
La notification - l'un des éléments les plus critiques du processus - joue un rôle fondamental selon le personnel de la Direction des fusionnements et les intervenants externes, et ce, pour les raisons suivantes :
En 1998, lorsque le processus d’examen des fusionnements a été schématisé pour la première fois, les normes de service étaient nouvelles. Il est survenu en outre une nette augmentation des interprétations juridiques relatives à la partie IX de la Loi sur la concurrence 10 . Les dépôts avaient aussi presque doublé au cours des deux années précédentes, ce qui intensifiait nettement le degré d’activité à l'Unité du préavis des fusionnements (UPF).
Du point de vue de la Direction des fusionnements, l'UPF était considérée à l’époque comme un goulot d'étranglement. Dans certains cas, il fallait deux ou trois jours avant qu'un dossier ne soit attribué à une division particulière. À cela s'ajoutait l'aménagement physique de l'Unité : un agent de l'UPF, en compagnie d'un employé de soutien situé à une distance considérable de lui. L'Unité partageait avec le reste de la Direction l’unique télécopieur dont les parties se servaient pour les dépôts. Les problèmes d’aménagement et de matériel pouvaient paraître presque insignifiants, mais ils avaient un effet marqué sur les délais d'exécution au sein de l'Unité.
Au cours du présent projet, les gestionnaires de la Direction et les membres de l'équipe du projet ont conclu que l'UPF avait besoin d’employés supplémentaires à cause de la complexité croissante des affaires, le nombre croissant des demandes d’information et d’aide des intervenants, ainsi qu’un nouveau règlement et de nouvelles directives.
La Direction des fusionnements s’est attaquée à ce problème en créant l'Unité des avis de fusionnements (UAF). L’UAF procède à la sélection initiale de tous les dossiers d'arrivée, indique le degré de complexité de chacun, transmet les dossiers complexes et très complexes à la Division A ou B, et traite la majorité des dossiers non complexes. Des agents nouveaux et des agents d’expérience sont affectés à l'UAF pour s'occuper de la charge de travail et réduire le nombre de dossiers non complexes qui sont attribués aux divisions. Cette solution permet à ces dernières de se concentrer sur les dossiers de nature plus complexe. Elle procure aussi d'excellentes occasions de formation et d'encadrement pour les nouveaux agents qui sont affectés à l'UAF.
Chacune des étapes du processus que suit l'UAF est décrite brièvement ci-dessous, en prenant pour base la mise à jour, en juin 2000, du processus de schématisation initial. Vu le grand nombre d'améliorations que l'Unité a accomplies depuis 1998, les auteurs considèrent l'UAF et ses processus comme des « pratiques optimales ».
Les mesures qui précèdent sont toujours prises le même jour où le Bureau reçoit un préavis de fusionnement ou une demande de certificat de décision préalable, à moins que les documents n’arrivent trop tard ou que le dépôt suscite des difficultés, auquel cas le dossier est traité le lendemain.
Les auteurs ont conclu, en se basant sur leur recherche, que les pratiques décrites ci-dessous sont des « pratiques optimales » :
Le processus suivi en vue d’obtenir des conseils juridiques pour l'UAF est considéré comme une pratique optimale.
La Section du droit de la concurrence de Justice Canada dispose d'un avocat dont la tâche consiste à fournir des conseils juridiques sur les questions de préavis. L'UAF et cet avocat échangent habituellement des messages électroniques et des appels téléphoniques, et confirment par écrit tout avis officiel, habituellement par courrier électronique. Si cet avocat doit s'absenter, il en avise l'UAF et veille à ce que quelqu'un soit présent pour assurer un soutien juridique.
Des nombreux avis officiels et non officiels d’avocat on été fournis à l’UAF au cours des dernières années. Il serait avantageux, tant pour le Bureau que pour la Section du droit de la concurrence de Justice Canada, que ces avis soient tous saisis et indexés électroniquement.
Le traitement des revenus et des renseignements financiers est considéré comme une pratique optimale.
Au Bureau, un agent financier particulier veille à ce que les revenus soient traités aussi rapidement que possible. Une autre personne est également disponible pour faire ce travail lorsque la première personne est absente. Environ 90 pour cent des revenus traités à la Direction des politiques et services de gestion ont trait aux fusionnements.
L'UAF et l'agent financier ont établi d'excellentes communications, et se tiennent l'un l'autre au courant des absences à venir et des demandes urgentes.
Les agents chargés des cas ont été unanimes à penser que le traitement des cas s'est radicalement amélioré depuis que l'on a ajouté des agents de programme aux équipes chargées des cas. Ces agents sont considérés comme fort utiles pour régler les affaires en temps opportun.
Les agents de programme sont chargés de coordonner les principaux dossiers et d'exécuter un certain nombre de fonctions utiles, comme celles qui sont énumérées ci-dessous, et cela permet aux agents chargés des cas de se concentrer sur l'analyse des transactions.
Les agents de programme ont exprimé le désir d'aider davantage les agents qui s’occupent d’affaires particulières. Malheureusement, comme il n'en existe à l’heure actuelle qu'un seul pour chaque division, ils sont à peine capables d’assurer un plein soutien pour toutes les affaires importantes.
Compte tenu de cette charge de travail, les agents de programme ont jugé qu'ils n'ont pas eu la possibilité de montrer leur plein potentiel. Les agents chargés des cas ont reconnu également que les agents de programme avaient de lourdes charges de travail, et ils hésitaient donc à leur imposer des pressions supplémentaires.
Vu le succès qu’obtient jusqu'ici la formule des agents de programme et le potentiel évident que comporte le fait que ces derniers assument des fonctions supplémentaires, les auteurs sont d'avis qu’il serait avantageux que la Direction embauche plus d’agents de programme.
À la Direction de l’économie et des affaires internationales, la Division des affaires internationales (« EAI ») reçoit des notifications d'autres administrations (provenant principalement de l’Australie, de l'Union européenne et des États-Unis) et avise d'autres organismes de toutes les transactions canadiennes proposées notifiables qui comportent des aspects internationaux. Toutes les notifications reçues d’homologues étrangers sont remises immédiatement à l’UAF afin d’être traitées.
Des communications systématiques et faites en temps opportun entre EAI et les homologues étrangers sont aussi très importantes afin d’identifier les points de contact étrangers. Ceci est surtout vrai en ce qui concerne l’Union européenne à cause de ses délais serrés concernant l’examen des fusionnements. Le délai pendant lequel la Direction des fusionnements peut examiner un fusionnement commun et discuter de mesures correctives acceptables au Canada est limité.
Le comité international du Bureau implanté depuis peu continue à contribuer à des améliorations dans ce domaine.
À la Direction des politiques et services de gestion, l'Unité de reproduction s’occupe de photocopier, notamment, tous les documents destinés aux procédures devant le Tribunal de la concurrence et tous les documents obtenus en vertu de l'article 11. L'Unité offre des délais d'exécution fort rapides à la condition que l’on avise au préalable le personnel qu’il y aura de nombreux documents à traiter. Toutefois, l'Unité est souvent informée à la dernière minute d'un travail urgent ou volumineux à effectuer. Une meilleure façon de planifier les demandes améliorerait l’efficacité du processus.
Le Centre de ressources compte deux agents spécialisés qui ont pour tâche de chercher des renseignements pour le Bureau. Ces deux personnes sont régulièrement appelées à fournir des renseignements sur des entreprises, des renseignements sur des industries et des documents de nature juridique. En 1998, de pair avec l’implantation de la tarification et des normes de service, le Bureau a institué une procédure afin de veiller à ce que le personnel du Centre de ressources comprenne l'urgence de certaines demandes et le genre de renseignements habituellement requis. La qualité et l'opportunité des réponses du Centre de ressources sont considérées comme une « pratique optimale ».
Pendant le processus de schématisation, plusieurs personnes du Bureau ont été interviewées en vue de permettre aux auteurs de décrire le processus d’examen des fusionnements au Canada. Des employés ont aussi répondu à des questions ouvertes telles que « comment amélioriez-vous le processus d’examen des fusionnements? » La section suivante est un résumé des commentaires que les employés ont faits. On retrouve seulement les commentaires faits par plusieurs personnes afin de respecter la confidentialité.
Il est clairement ressorti de ces entrevues que les employés des fusionnements trouvent leur travail extrêmement intéressant et stimulant. Ils ont affaire à des questions nouvelles, travaillent dans des délais serrés et, dans la plupart des cas, sont très satisfaits de la carrière qu'ils mènent au sein de la Direction. Cela étant dit, ces entrevues ont montré aussi que les deux divisions avaient affaire à des charges de travail fort lourdes, qu’elles ne comptaient pas assez d'e personnel.
Voici les principaux thèmes qui ont été mentionnés pendant les entrevues.
Normes de serviceCertaines des personnes interviewées avaient le sentiment que l’examen des fusionnements était davantage centré sur la poursuite du processus depuis que l’on avait commencé à percevoir des frais. À ce sujet, il a été indiqué que quelques avocats présentaient des observations sur la complexité d'un dossier. Cela est considéré de peu de valeur pour le Bureau, les avocats et les parties. Certains ont également exprimé l'avis qu'étant donné que les normes de service n'avaient pas été introduites à la suite d’une demande de l'extérieur, elles ajoutent peu de choses au processus. Les répondants étaient généralement d'avis que le moteur des activités de la Direction devrait être les dates de clôture, et non la norme de service.
Selon certaines indications, le personnel serait en faveur d'un examen de la politique actuelle concernant les normes de services.
Charge de travail
Chez les personnes interviewées, le consensus était que l’on traitait rapidement les affaires « qui ne suscitaient pas de problèmes »; quant aux affaires d’envergure, le personnel qui y est affecté était adéquat, et les gestionnaires leur attribuaient le degré de priorité nécessaire. C’étaient les affaires qui se situaient dans la catégorie des dossiers de complexité faible à modérée qui semblaient poser le plus de problèmes. Les agents chargés des affaires considéraient que ces derniers nécessitaient un temps et des efforts considérables. Vu la charge de travail actuelle (au moment des entrevues), les agents avaient le sentiment que ces affaires étaient celles pour lesquelles on manquait de ressources.
Il a été noté que certains agents ne s’occupaient en général que des affaires importantes. Ce fait avait un certain nombre d'effets :
Un certain nombre d'employés ont exprimé l'avis que la charge de travail serait moins un problème si, lorsque la Direction est saisie d’une affaire volumineuse, il était possible d'obtenir avec plus de facilité des agents d'autres directions du Bureau.
Les agents ont également suggéré que le Bureau devrait étudier de près la possibilité d'effectuer des échanges ou de mettre sur pied un autre programme afin d'embaucher des avocats du secteur privé. Ceci assurerait un bon mélange entre le nouveau personnel et le personnel ayant de l’expérience.
Formation
De l’avis unanime des participants, il y avait un besoin de créer un programme de formation pour la Direction des fusionnements. Ce programme serait destiné aux personnes suivantes :
Quelques membres supérieurs de la Direction des fusionnements étaient agacés par l’incapacité dans laquelle ils se trouvaient d’assurer une formation et un encadrement adéquats aux nouveaux arrivants à cause de la lourdeur de leur charge de travail. En outre, les nouveaux agents avaient le sentiment qu'ils devaient se débrouiller seuls dès le premier jour car ils ne recevaient qu’une formation, un encadrement ou des conseils limités.
Cela faisait en sorte que les nouveaux agents manquaient de confiance lorsqu'ils s'entretenaient avec des avocats chevronnés et des dirigeants d'entreprise, et surtout lorsqu'ils discutaient de sujets complexes, comme la définition de marché et les barrières à l'entrée.
Les entrevues ont aussi révélé qu’à cause d’un manque de formation et de confiance, quelques agents inexpérimentés étaient inquiets du fait qu’ils pouvaient classer des transactions dans une catégorie trop élevée afin d’avoir plus de temps pour connaître une industrie et les marchés géographiques.
Tableau 1. Nombre/Pourcentage des cas par niveau de complexité
excluant la titralisation*
Ce tableau inclut toutes les transactions qui ont été
complétées avant la fin de l’exercice financier. (On peut y
retrouver des transactions qui n’avaient pas débuté la même
année.)
|
|
Nombre de transactions |
|||||||
|
|
2000-2001 |
1999-2000 |
1998-1999 |
1997-199816 |
||||
|
Complexité |
# |
(%) |
# |
(%) |
# |
(%) |
# |
(%) |
Non complexe |
282 |
(81) |
232 |
(80) |
212 |
(77) |
68 |
(89) |
Complexe |
53 |
(15) |
49 |
(17) |
56 |
(20) |
8 |
(11) |
Très complexe |
14 |
(4) |
8 |
(3) |
6 |
(2) |
0 |
s/o |
Total |
349 |
(100) |
289 |
(100) |
274 |
(100) |
76 |
(100) |
*Comprend les transactions entre le 1er avril et le 31 mars sauf en 1997/1998, voir la note de bas de page 16.
Le tableau 1 indique qu’en général, les cas de fusionnement révisés par la Direction continue d’être distribués de façon cohérente en vertu des niveaux de complexité. En 1997, lorsque le Bureau a adopté les normes de service, on s’attendait à ce que, en se basant sur le nombre de cas entre 1993 et 1996, environ 85 pour cent des dossiers soient classés dans la catégorie non complexe, 10 pour cent dans la catégorie complexe et 5 pour cent dans la catégorie très complexe. Les deux derniers exercices financiers indiquent une distribution de près de 80 pour cent de non complexe, 15 pour cent complexe et 5 pour cent très complexe.
Les problèmes de formation et d’uniformité ont été réglés car, avec l’arrivée la plus récente de nouveaux agents, la Direction des fusionnements a institué un processus officiel de formation qui comprend un survol du travail du Bureau, une formation en matière de préavis et d’examen de fusionnements, un encadrement régulier, un système de mentorat et l’occasion d’affectations par rotation dans d'autres parties de la Direction. Plusieurs agents supérieurs ont également suivi une formation dans le cadre du Projet de formation en leadership (PFL) du Ministère. De plus, l’UAF classifie tous les dossiers (niveaux de complexité) afin d’assurer l’uniformité et la prévisibilité dans ce domaine. Ces mesures sont censées améliorer les questions de moral, de charge de travail, et la qualité ainsi que l'opportunité de l’examen des fusionnements.
Autres questions
Selon certains des agents chargés des cas, même si l’on a récemment modifié le formulaire de dépôt, celui-ci ne fournit toujours pas la totalité des renseignements requis pour évaluer les questions liées à la concurrence. Certains ont jugé que le fait de se rapprocher du modèle américain, dont les exigences d'information sont supérieures et dont la période d'examen initial est de 30 jours, serait avantageux pour les parties, surtout celles qui prennent part à des transactions relevant de plusieurs juridictions.
Le personnel de la Direction a clairement indiqué l’importance d’avoir des avocats avec expérience du ministère de la Justice pour appuyer les activités de la Direction des fusionnements.
La plupart des agents chargés d’affaires ont convenu que le fait d’avoir délégué des autorisations au sous-commissaire principal et aux sous-commissaires adjoints a aidé à améliorer les délais d'exécution à l’interne. Certains ont toutefois formulé la mise en garde selon laquelle, en raison du délai de trois ans pendant lequel le Bureau peut contester une transaction terminée et l'importance relative des lettres indiquant la prise d’« aucune mesure » dans des cas non routiniers, il faudrait que ces dernières soient examinées par des avocats d'expérience du ministère de la Justice du Canada avant d'être envoyées aux parties.
Certains ont fait remarquer qu’il faudrait envisager de modifier les articles 11 et 18 de la Loi sur la concurrence afin de faire disparaître l'obligation de retourner les documents dans un délai de 60 jours. On pourrait exiger que les parties fournissent à la Direction trois « copies certifiées conformes », qui ne seraient pas retournées. Cette mesure améliorerait les délais d'exécution pour le Bureau, et réduirait le coût des heures supplémentaires qu’effectuent les employés de l'Unité de reproduction