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Résumés d’études économiques préparées pour le Bureau de la concurrence dans le cadre de son enquête sur l’évolution des prix dans l’industrie des bovins et du bœuf avant et après l’apparition de l’ESB

(PFD : 116 Ko)

Le 29 avril 2005






Contexte

Dans le cade de son enquête sur l’évolution des prix des bovins et de la viande de bœuf avant et après l’apparition de l’ESB, le Bureau de la concurrence a retenu les services de deux experts économiques, Alan Love et David Bessler, professeurs au Département d’économie agricole de l’université Texas A&M, en vue d’obtenir des analyses empiriques indépendantes sur le comportement et les prix de l’industrie.

Le Pr Love a analysé les données de l’industrie et a recouru à un modèle de l’économie structurelle pour déterminer si l’évolution des prix peut s’expliquer par l’interruption des échanges commerciaux internationaux imputable à l’ESB ou s’ils traduisent l’exercice d’un pouvoir de marché.

Le Pr Bessler a étudié les données sur les prix et les quantités pour déduire les relations entre les marchés canadien et américain.

Un résumé de chacun des rapports a été préparé en consultation avec les auteurs et est présenté cidessous. Les rapports complets sont disponibles dans leur langue d’origine auprès du Centre des renseignements du Bureau de la concurrence. 

 

Résumé de A Time Series Analysis of Canadian Cattle and Beef Prices and Quantities Prior To and Following the May 2003 Discovery of BSE in the Canadian Cattle Herd, par David Bessler

Le Pr David Bessler étudie les données mensuelles sur les prix et les quantités pour la période de janvier 1990 à mai 2004. Il applique des méthodes économétriques modernes d’analyse des séries chronologiques pour déduire les relations entre sept séries visant les bovins et le bœuf canadiens et deux séries visant les bovins aux États-Unis. En particulier, les indices du prix de détail et du prix de gros du bœuf au Canada, les indices du prix des bovins finis et des bovins d’embouche canadiens, les prix et les quantités des exportations canadiennes de bovins, les niveaux d’abattage au Canada, les futurs prix américains des bovins ainsi que les prix et les quantités de l’exportation des bovins américains sont étudiés selon un modèle dynamique (modèle de correction des erreurs) jusqu’à la fin mai 2003.

Le Pr Bessler démontre comment les séries de données sur les bovins et le bœuf évoluent de concert dans le temps. Les résultats peuvent être décrits comme suit. Lorsque le système de neuf variables s’éloigne de son équilibre à long terme, cet équilibre est rétabli par des changements ultérieurs (à la période suivante) dans cinq des séries : les prix au comptant des bovins vivants; les prix à terme des bovins d’engraissement et des bovins finis; l’indice des prix à la consommation du bœuf; et l’abattage de bovins. Les quatre autres séries – indices des prix de gros du bœuf, les prix au comptant des bovins d’engraissement, les quantités de bovins vivants exportés et les prix des bovins vivants exportés – ne réagissent pas en vue de rétablir l’équilibre du système.

Un résultat important de ce modèle est que les prix des bovins et les prix de détail du bœuf au Canada sont fortement influencés par l’information sur les prix déterminés par les contrats à terme pour les bovins à la Bourse de Chicago.1 Les prix canadiens d’avant l’apparition de l’ESB en mai 2003 étaient déterminés par le marché à terme. L’indice des prix de gros du bœuf au Canada n’a pas été influencé par les prix des bovins (au comptant ou contrats à terme) aussi nettement que son indice des prix à la consommation.

L’analyse du Pr Bessler indique que les prix du bœuf ne réagissent pas aussi fortement que les prix des bovins à la fermeture de la frontière. Cette conclusion ne contredit pas d’autres conclusions figurant dans les recherches sur l’économie agricole. Comme le bœuf est un bien transformé qui comprend en plus des bovins, des intrants tels que la main-d’œuvre, les coûts de transport, les coûts d’intérêts et d’autres intrants liés à la transformation, un changement radical du prix d’un des intrants ne se traduira pas par un changement proportionnel du prix du produit fini.



Résumé de An Investigation of the Effects of BSE on the Canadian Cattle and Beef Markets, par Alan Love

Le Pr Love recourt à un modèle relevant de l’économie structurelle pour examiner la façon dont la fermeture des marchés d’exportation du bœuf et des bovins canadiens peut avoir conditionné les prix et les quantités observées sur le marché. Des analyses économétriques structurelles sont effectuées pour jauger la possibilité qu’un pouvoir de marché ait été exercé, la capacité d’exercer de façon rentable une pression sur les prix, soit par les détaillants de boeuf, soit par les entreprises de transformation du bœuf dans leur achat d’intrants et leur vente d’extrants. Les paramètres de comportement de marché sont estimés au moyen des méthodes de la « nouvelle organisation industrielle empirique » (NOIE).1 En utilisant les conditions structurelles marginales de maximisation des bénéfices, l’approche évalue les écarts de la quantité et du prix d’équilibre par rapport à leurs niveaux concurrentiels.2

Pour déterminer si l’exercice d’un pouvoir de marché a évolué après mai 2003, deux ensembles de paramètres du pouvoir de marché sont estimés : ceux d’avant mai 2003 et ceux de mai 2003 et après. Le modèle permet d’isoler l’effet de toute évolution de la demande ou de tout changement dans le comportement de marché attribuable à la fermeture du marché qui a conditionné les prix et les quantités. Des vérifications d’hypothèses ont été effectuées pour déterminer s’il y a des différences statistiquement significatives dans l’exercice d’un pouvoir de marché entre les deux périodes. Le cas échéant, il serait possible de déterminer les tendances des prix qui découleraient de la seule fermeture des marchés internationaux, en recourant à des modèles de simulation où les valeurs d’avant l’événement sont affectées aux paramètres de pouvoir de marché après l’événement.3

Le modèle empirique est intrinsèquement non linéaire quant à ses variables autant qu’à ses paramètres. Par conséquent, l’estimation des paramètres inconnus doit se faire en utilisant un estimateur d’équations simultanées non linéaires. La méthode d’estimation retenue est la méthode itérée des triples moindres carrés non linéaires. Les résultats se présentent comme suit :

  • la demande globale de bœuf de la part des consommateurs est inélastique (-0,566, p=0,038), le porc étant un important bien de substitution;4
  • l’offre de bovins gras est inélastique à court terme et à long terme, l’élasticité à court terme étant de 0,440 (p=0,000) et l’élasticité à long terme étant de 0,710 (p=0,000);
  • le marché d’exportation présente un important débouché de substitution pour les bovins finis (élasticité croisée des prix de -0,361, p=0,000). La fermeture du marché d’exportation des bovins finis a donc entraîné un déplacement de l’offre intérieure vers la droite (augmentation de la production), de sorte que l’effet net de la fermeture de la frontière est une importante évolution de l’offre intérieure de bovins.

Selon le modèle économétrique de l’offre et de la demande, le Pr Love examine le degré observé d’exercice d’un pouvoir de marché. Dans ce modèle, un coefficient estimé de zéro est compatible avec un comportement de l’industrie qui est selon les observations équivalent à une concurrence parfaite. À l’autre extrême, un coefficient estimé de 1 est compatible avec un comportement de l’industrie qui est selon les observations équivalent à soit un monopole, soit un oligopole collusoire. Le tableau 1 présente les résultats.

Tableau 1 : Estimations de l’exercice d’un pouvoir de marché5

Coefficient  Valeur de t Valeur de p
 Monopole détail / gros Avant 96 178 76
Après 103 187 62
Monopole des entreprises de transformation Avant 54 151 131
Après 122 21 36
Monopsone des entreprises de transformation (bovins finis) Avant -34 -239 17
Après -23 -98 329
Monopsone des entreprises de transformation (bovins de réforme) Avant 198 289 4
Après 585 284 5

Note : Les valeurs négatives des estimations à l’égard d’un monopsone des entreprises de transformation (bovins finis) peuvent découler de lacunes des données qui sont examinées dans le rapport du Pr Love.

Les conclusions de l’analyse sont les suivantes :

  • bien qu’il n’y ait pas d’exercice d’un pouvoir de marché de monopsone appréciable de la part des entreprises de transformation sur les marchés des bovins finis, il y a exercice d’un important pouvoir de marché de monopsone dans les marchés des bovins de réforme;6
  • toutes les estimations des paramètres du pouvoir de marché sont sensiblement inférieures aux niveaux qui seraient compatibles avec une collusion;
  • en toute vraisemblance, les tendances observées dans l’évolution des prix après l’événement découlent d’évolutions tant dans la demande (absence de demande de bovins vivants de la part des États-Unis) que de changements dans l’exercice d’un pouvoir de marché. L’exercice d’un modeste pouvoir de marché à divers niveaux de la chaîne d’approvisionnement a vraisemblablement entraîné une double marginalisation qui produit un effet composé sur les prix. Ces résultats sont compatibles avec ceux des modèles de simulation.

Il importe de noter que l’analyse du Pr Love s’appuie sur des données publiques; par conséquent, il y a diverses importantes contraintes liées aux données disponibles. Ces réserves à l’égard des données sont précisées dans la section 8.2 du rapport du Pr Love.




1 En particulier, il constate que plus de 50 p. 100 de l’incertitude des prévisions quant aux prix des bovins gras (vivants) et des bovins d’engraissement au Canada, ainsi qu’aux prix du bœuf à la consommation s’expliquent par des renseignements provenant du marché de Chicago des contrats à terme à l’égard soit des bovins d’engraissement, soit des bovins gras. Les prix industriels (de gros) canadiens ne révèlent pas une influence aussi marquée des marchés de Chicago.



1 De nombreuses études récentes ont estimé l’exercice d’un pouvoir de marché au moyen des techniques NOIE mises au point par Appelbaum (1979, 1982), Bresnahan (1982) et Lau. Dans son examen des études empiriques sur le pouvoir de marché, Bresnahan (1989) cite de nombreuses études qui s’appuient sur diverses formes de modèles NOIE.



2 Il faut signaler que les tribunaux ont critiqué les études fondées sur la NOIE au motif que les paramètres du pouvoir de marché peuvent être mal mesurés. Les tribunaux soutiennent que des paramètres estimés à l’égard du comportement peuvent sous-estimer le degré réel de pouvoir de marché si les brusques variations de la demande ne sont pas permanentes. Cependant, les tribunaux semblent ne pas tenir pleinement compte des restrictions des paramètres qui amélioreraient l’analyse économétrique et l’estimation des paramètres de pouvoir de marché. De récentes études ont confirmé l’utilité de la méthode NOIE pour déterminer s’il y a exercice d’un pouvoir de marché.



3 L’élaboration du modèle se fonde sur des méthodes élaborées dans K. Raper, A. Love et R. Shumway (2000), « Determining Market Power Exertion Between Buyers and Sellers », 15 Journal of Applied Econometrics 225 ainsi que dans J. Schroeter, A. Azzam et M. Zhang (2000), « Measuring Market Power in Bilate ral Oligopoly », 66 Southern Economic Journal 526. Le modèle contient des liens entre offre et demande à l’égard de trois segments intégrés verticalement de la chaîne d’approvisionnement en bœuf : le détail; les entreprises de transformation; et la production de bovins d’engraissement ou de réforme. Ces liens sont établis dans un cadre général complété par la demande au détail et l’offre de bovins d’engraissement ainsi que de vaches ou de taureaux de réforme.



4 Fait intéressant, l’apparition de l’ESB semble n’avoir produit aucun effet sur la demande intérieure (l’estimation du coefficient à l’égard de la variable nominale pertinente n’est pas statistiquement significative).



5 Ce tableau reproduit les tableaux 6 et 7 du rapport du Pr Love.



6 Le Pr Love signale que si la diminution observée des prix des bovins de réforme peut être attribuable à l’exercice d’un pouvoir de marché par les entreprises de transformation, elle peut aussi s’expliquer en partie par la réticence de ces entreprises à utiliser les bovins plus âgés du marché des bêtes de réforme à la suite de l’apparition de l’ESB.